Journée Raymond Massé

April 8, 2016
From 10:00 until 16:00
Salle Fustel de Coulanges - Palais Universitaire de Strasbourg

Résumé

En dépit du défi que constitue une définition universelle du concept de morale, l’universalité d’un «domaine» moral (définissant les pourtours du bien, du mal, de l’intolérable ou du vertueux,) ne fait aucun doute pour les anthropologues, les sociologues et les philosophes. Dans toutes les moralités locales existent, sous formes de déclinaisons culturelles et historiques, des normes et des valeurs qui, à la fois, expriment les conceptions locales du Bien et encadrent les pratiques pour en assurer la conformité morale. Toutefois, les sciences sociales au XXème siècle ont eu tendance à concevoir l’individu des sociétés «primitives» et «traditionnelles» (et en partie tout autant celui des classes populaires des sociétés occidentales), comme étant écrasé sous le poids des normes, aliéné par des processus de socialisation et d’enculturation et inapte à prendre un recul critique face aux normes collectives et aux traditions. Formaté pour être un objet moral, l’individu n’émergerait comme sujet éthique que chez certaines élites intellectuelles et dans les fractions scolarisées des sociétés occidentales. Alors, qu’en est-il, tant dans les sociétés traditionnelles que dans nos sociétés modernes, de l’agentivité et de la compétence réflexive du sujet éthique? Quelle est sa marge effective de liberté morale dans un contexte de capabilités limitées? Dans le champ de la santé, doit-on continuer à considérer le malade comme entièrement soumis au respect des «traditions» et des normes religieuses et morales ? L’adaptation mécanique des programmes en santé publique internationale aux croyances locales conduit-elle à une réification et une essentialisation des moralités locales, voire au renforcement d’un statu quo dans les rapports de pouvoir intracommunautaire? Dans cette présentation, je soutiendrai que notre besoin de soumission aux normes morales cohabite avec une aptitude à les transformer, tout au moins à les adapter aux contextes, à les soumettre à la délibération éthique, voire d’un sous-groupe social à l’autre, à négocier des rapports variables aux normes dans le cadre de la trajectoire d’une «carrière morale» révélant une identité éthique mouvante.

Programme

  • 10H00 : Conférence Raymond Massé : « La réflexivité éthique est-elle une compétence universelle? Les limites de la liberté et de l’agentivité du sujet éthique ».
  • 11H00 : Débat avec l’auteur
  • 11H45 : Articulation théorie et pratique : Débat entre Raymond Massé avec des doctorants et des étudiants de Master autour de quelques cas de terrain précis rencontré par Raymond Massé sur son/ses terrain(s) de recherche et sur la manière dont sa formation d'anthropologue lui a permis une réflexion éthique.
  • 13H00 : Pause
  • 14H30 : Discussion libre : Les enjeux de l’enseignement en éthique aujourd’hui
  • 16H00 : fin de la journée.

Inscription obligatoire par mail nhekpazo@unistra.fr